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Bilan de la 9e édition du colloque de l’IRQ
D’un trudeauisme à l’autre


Le 5 novembre 2016 se tenait, à l’hôtel Gouverneur Place Dupuis de Montréal, la neuvième édition du colloque Quelque chose comme un grand peuple, organisé par l’Institut de recherche sur le Québec. Au programme de cette rencontre annuelle, consacrée à l’étude de la question nationale dans notre société : le trudeauisme. Ou plus exactement, le passage d’un trudeauisme à l’autre. Du père au fils, de quelle manière l’idéologie officielle de la fédération canadienne s’est-elle transformée? De quelle manière, en quelque sorte, le trudeauisme s’est-il radicalisé en près de 25 ans? De quelle manière a-t-il transformé le Canada? C’est à ces questions que les conférenciers ont été invité à répondre.

 

Mathieu Bock-Côté a prononcé la conférence inaugurale. Il a cherché à retracer les origines intellectuelles du trudeauisme, en cherchant à comprendre comment il était né d’une crise identitaire visible à partir des année 1950, quand il doit se redéfinir au-delà de son appartenance à l’empire britannique. Il s’engagera alors dans une quête identitaire qui l’amènera à se redéfinir en reniant son héritage historique dualiste et à se penser à la manière d’un pays modèle, d’un pays nouveau genre, postmoderne et postnational. Le Canada se poserait même comme superpuissance morale dans le monde à venir, à la manière d’un phare susceptible d’éclairer la planète avec son nouveau modèle de société diversitaire.

 

Un premier panel s’est penché sur le régime de 1982 à aujourd’hui. De quelle manière le régime constitutionnel implanté par Pierre Trudeau a-t-il transformé en profondeur le Canada? Car il ne faudrait pas l’oublier : une constitution, par définition, façonne la citoyenneté et les rapports sociaux. Guillaume Rousseau, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, s’est interrogé sur les usages de la clause dérogatoire depuis 1982 – c’est que cette clause représente, dans le régime de 1982, une survivance du Canada antérieur. Il a montré comment, à la surprise de plusieurs, que la clause nonobstant a souvent été utilisée depuis, malgré sa mauvaise réputation. Il a aussi plaidé pour la banalisation de l’usage de cette clause. L’essayiste Djemila Benhabib, quant à elle, a montré de quelle manière le multiculturalisme canadien pave le chemin à l’islamisme, qui représente un des grands périls de notre temps. Paul Journet, éditorialiste à La Presse, a cherché quant à lui à comprendre les raisons de l’étrange passion politique entre Justin Trudeau et les Québécois.

 

Le deuxième panel a proposé un premier bilan du gouvernement Trudeau à Ottawa. Akos Verboczy, auteur de Rhapsodie québécoise (Boréal, 2016) s’est intéressé au sentiment identitaire de ce qu’on appelle la génération de la loi 101. Dans quelle mesure, au sein du Canada contemporain, la jeune génération issue de l’immigration peut-elle développer un sentiment d’appartenance au Québec? David Leroux, un jeune intellectuel émergeant sur la scène publique, s’est quant à lui questionné sur la place de la communication dans un gouvernement qu’on dit obsédé par l’image. Il y voit le signe d’une dépolitisation radicale de la vie collective par un libéralisme hégémonique. Enfin, Simon-Pierre Savard-Tremblay, sociologue et auteur de l’État succursale (Boréal, 2016), a présenté Justin Trudeau comme une figure des nouvelles élites mondialisées qui prétendent redéfinir le monde en le dénationalisant.

 

Le troisième panel proposait de prendre une certaine distance avec l’actualité en réfléchissant sur les fondements même de la culture politique québécoise. L’écrivain Jean-Philippe Trottier s’est posé une question simple, qui était aussi celle du panel : les Québécois sont-ils encore colonisés ? Question brutale, dans la mesure où la Révolution tranquille était censée nous avoir décolonisé mentalement et concrètement : question nécessaire dans la mesure où de vieux réflexes oubliés semblent remonter à la surface de la conscience collective. Quant à Christian Saint-Germain, professeur au département de philosophie de l’UQAM, il s’est livré à une sévère critique du nationalisme péquiste, qui malgré ses velléités indépendantistes, serait lui-même colonisé de part en part.

 

C’est un bilan très positif qu’on peut faire de ce colloque. Encore une fois, l’IRQ a confirmé son rôle de lieu de réflexion de haut niveau pour les souverainistes et les nationalistes qui ne veulent pas se laisser enfermer dans les modes idéologiques et médiatiques. On peut s’attendre à ce que le prochain colloque, celui de 2017, qui marquera les 10 ans de la série Quelque chose comme un grand peuple soit un aussi grand succès.