Canada
 

Le 150e de la Confédération, ou comment construire l’identité canadienne à travers une récupération globale de l’histoire

 
Commémorer le Canada

Depuis 2012, le gouvernement fédéral s’est engagé dans une vaste entreprise de commémoration du 150e de la Confédération canadienne, qui culminera, comme il va de soi, en 2017. Cette entreprise commémorative engage évidemment tout le gouvernement canadien, qui par ailleurs, cherche à provoquer une mobilisation de la population pour l’inviter à exprimer dans différentes manifestations sa conception de l’identité canadienne. Les commémorations du 150e du Canada doivent donner lieu, en quelque sorte, à un festival patriotique de la commémoration canadienne. On y célèbre un Canada « fort, fier et libre »[1].

La récente entreprise de publicités télévisées liées à la commémoration et de célébration du 150e anniversaire du Canada en a surpris plusieurs. Le gouvernement canadien ne s’adonnait-il pas à une propagande historico-identitaire manifeste, en cherchant à imposer une version idyllique des origines de la fédération canadienne, réduites à un pacte entre deux amis fondant un pays absolument exceptionnel qui serait un modèle sur l’ensemble de la planète? N’assistions-nous pas à une réécriture en direct de l’histoire canadienne, contribuant moins à la connaissance historique, avec sa part de nuances nécessaires, qu’à l’entretien d’un nationalisme d’État pancanadien? De même, plusieurs se sont surpris de la commémoration engagée autour de John A. Macdonald, présenté comme le véritable fondateur du Canada.

Sans cynisme, mais avec réalisme, on pourrait dire que l’entreprise va de soi. Un pays a besoin de symboles et il construit son identité nationale à même l’histoire, qui en représente la matière première, le matériau élémentaire. Il n’y a pas de pays sans conscience historique. La mémoire n’est-elle pas fondatrice du lien politique? Mais la chose a toujours été complexe, au Canada, toutefois, dans la mesure où deux peuples s’y rencontrent avec deux histoires distinctes, et il n’est pas aisé, dans ce contexte, d’en arriver à un récit unifié de l’expérience canadienne. D’ailleurs, les querelles souvent reprises dans l’histoire du Canada sur un manuel d’histoire unique, transcendant la dualité fondatrice du pays, sont caractéristiques de la difficulté d’en arriver à une mémoire canadienne ayant réparé sa fracture originelle. Bâtir une mémoire unifiée au Canada consiste nécessairement à neutraliser la dualité constitutive du pays[2].

 

[1] Au fil de cette note de recherche on consultera essentiellement le site http://canada150.gc.ca/fra/1342792785740
[2] Alexandre Lanoix, Historica & compagnie. L’enseignement de l’histoire au service de l’unité canadienne, 1867-2007, Montréal, Lux Éditeur, 2007

 

PAR : MATHIEU BOCK-CÔTÉ

Sociologue et directeur de la recherche à l’Institut de recherche sur le Québec

 
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