Ecole
 

Résumé de l’étude

Étude réalisée à la demande du Comité conseil de l’IRQ, composé de Jean Dorion, sociologue, Gilles Grondin, directeur général du MNQ, Gérald Larose, professeur invité en travail social à l’UQAM, Robert Laplante, docteur en sciences sociales et Anne Legaré, professeure titulaire en science politique à l’UQAM.

Nous constatons que les parents francophones sont de plus en plus nombreux à souhaiter que leurs enfants maîtrisent l’anglais au terme de leur formation. Dans le contexte actuel, cela s’explique aisément puisque l’anglais occupe une place grandissante dans la vie des Québécoises et des Québécois. Cette volonté des parents est donc compréhensible, mais nous croyons utile de rappeler que l’école francophone doit d’abord viser à assurer une parfaite maîtrise du français, puis une connaissance poussée de l’anglais et, si cela est possible, une initiation à une troisième langue.

Nous nous interrogeons actuellement sur la façon et le meilleur moment d’enseigner une langue seconde, en l’occurrence l’anglais, dans une société francophone comme le Québec, extrêmement minoritaire sur le continent nord-américain. Nous craignons que les décisions gouvernementales des dernières années prônant l’apprentissage de plus en plus hâtif, voire « précoce », de la langue seconde puissent avoir de graves répercussions sur la qualité et l’utilisation de la langue française au Québec. Nous croyons que la question mérite une analyse en profondeur. Pour l’instant, nous remarquons que le gouvernement du Québec devance presque chaque année l’apprentissage de l’anglais. Pourtant, aucune analyse des impacts n’a véritablement été faite. En moins de 20 ans, nous serons donc passés d’un enseignement de l’anglais commençant à la fin du primaire à un enseignement dès la première année à compter de l’automne 2006, en vertu d’une récente décision gouvernementale. Jusqu’où ira-t-on? Dans les pouponnières, si la tendance se maintient ! Dans les faits, peu d’études scientifiques soutiennent la thèse en faveur de l’apprentissage précoce. En revanche, plusieurs recherches, dont quelques-unes mentionnées dans la présente lettre, permettent de dégager un constat : mieux un individu maîtrise sa première langue, plus il a de la facilité à en apprendre une autre.

 

Le contexte québécois

Les Québécoises et Québécois sont ouverts à l’apprentissage des langues, au bilinguisme, sinon, et pour plusieurs d’entre eux, au multilinguisme individuel. Cependant, ils croient nécessaire d’avoir une langue commune, officielle, à savoir le français. La langue française est au cœur de l’identité et de la culture québécoises. La langue est bien plus qu’un simple code linguistique : c’est un espace de création permettant à l’individu de nommer le monde et de se forger des structures mentales afin de se représenter ce monde. La connaissance et l’utilisation de la langue française sont donc des enjeux majeurs.

À l’heure actuelle au Québec, nous ne pouvons que constater l’engouement, voire la fixation de certains, à l’égard du bilinguisme. Dans le contexte nord-américain, un bilinguisme mur à mur ne peut être que « soustractif », c’est-à-dire que l’une des deux langues peut constituer une menace pour la survie et le développement de l’autre langue. Michel Venne écrivait en janvier 2003 que « 30 % de nos enfants sont incapables, à la sortie du secondaire, après 11 années de scolarité, de formuler un discours cohérent en français, leur langue maternelle, ou d’interpréter des textes un peu complexes ». Pour nous, la situation est préoccupante.

Nous croyons que l’apprentissage de l’anglais ne doit pas se faire au détriment de la culture et de la langue maternelle des élèves. Les Québécois doivent trouver un juste équilibre entre deux nécessités. Le balancier penche pour l’instant en faveur de l’anglais.

 

Le mythe de l’apprentissage précoce

Diverses études démontrent que l’apprentissage d’une langue seconde à un âge où l’enfant ne maîtrise pas suffisamment sa langue maternelle risque d’entraîner une confusion d’identification linguistique. « Une exposition hâtive et intense à une langue étrangère, fut-elle surtout scolaire, peut avoir des effets non souhaitables à la fois sur le développement en langue maternelle et éventuellement sur la sécurité culturelle des apprenants. […] Cette exposition hâtive peut en effet faire surgir chez les apprenants, d’une part des résistances, des oppositions même à la langue et à la culture étrangère, d’autre part, des concessions, des soumissions à certaines dimensions de cette culture. »

À ce propos, une étude de la National Foundation for educational Research in England and Wales (NFER) portant sur l’enseignement hâtif des langues abonde dans le même sens. D’après cette dernière, environ la moitié des élèves ayant commencé leur apprentissage du français à huit ans affirment « en avoir assez » de cette langue une fois rendus au secondaire. Ces sentiments négatifs ressentis par les élèves ne favorisent pas l’éveil à une culture étrangère, bien au contraire.

 

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