Canada
 

Le nouvel argumentaire fédéraliste

La publication récente de Reconquérir le Canada, sous la direction d’André Pratte, annonce un tournant fondamental qu’il serait irresponsable de négliger dans la pensée fédéraliste au Québec. Si les fédéralistes affirmaient traditionnellement que le Québec trouvait dans le Canada de meilleures conditions pour assurer son épanouissement et la préservation de son identité, ils reconnaissaient aussi, toutefois, que le Québec avait des griefs très légitimes envers un fédéralisme canadien ne reconnaissant pas les conséquences politiques de sa différence nationale. C’est une toute nouvelle manière de voir la relation Canada-Québec qui nous est proposée dans ce manifeste. Selon le nouvel argumentaire fédéraliste, il faudrait dédramatiser le problème de l’insertion déficiente du Québec dans le Canada en déconstruisant la question nationale pour ne plus lui permettre de définir d’aucune manière la politique québécoise. Il n’y aurait plus de question nationale mais seulement des Québécois avec une sensibilité identitaire exagérée qu’il s’agirait de neutraliser le plus possible. Il s’agirait désormais de normaliser la situation canadienne du Québec en rejetant une fois pour toutes les critiques de l’ordre constitutionnel canadien d’un point de vue québécois. Le nouvel argumentaire fédéraliste affirme ainsi que les Québécois ne devraient plus assurer la préservation du seul lieu politique où les francophones constituent une majorité en Amérique du Nord. Ils devraient aussi renoncer à traduire dans l’ordre constitutionnel la réalité historique du Canada avec ses deux peuples fondateurs. Les Québécois devraient plutôt s’investir à la grandeur du Canada, qui est présenté comme un « pays-laboratoire exemplaire », à l’heure d’une mondialisation devant favoriser la redéfinition de toutes les citoyennetés nationales selon un modèle multiculturaliste. Dans la présente étude, c’est ce nouvel argumentaire fédéraliste qui est examiné puis questionné, avec le souci particulier de tenir compte des intérêts du Québec et des concepts et notions nécessaires à leur préservation. L’auteur cherche à comprendre à quel point le nouvel argumentaire fédéraliste opère une rupture profonde avec la tradition politique québécoise qui rassemblait normalement les souverainistes et les fédéralistes à l’ancienne manière, dans la même préoccupation d’assurer au Québec un pouvoir maximal dans la définition de son avenir. L’auteur démontre surtout comment le nouvel argumentaire fédéraliste rompt explicitement avec l’exigence d’une défense maximale des intérêts du Québec lorsqu’il l’invite à relativiser sa différence pour mieux s’inscrire dans un ensemble canadien par rapport auquel on ne devrait plus définir aucun seuil de rupture.

 

PAR : MATHIEU BOCK-CÔTÉ
Sociologue et directeur de la recherche à l’Institut de recherche sur le Québec

 
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