langues-de-formation-6ca74
 

Protection des langues nationales : quelques exemples européens

René Lévesque disait de la loi 101 qu’elle était un « instrument dont seule une société coloniale [pouvait] avoir à se doter ». L’obligation de légiférer sur ce qui partout ailleurs semblait aller de soi – c’est-à-dire l’adoption d’une langue commune – constituait pour lui une sorte d’humiliation.

La plupart des pays du monde disposent pourtant aujourd’hui d’une forme de législation linguistique dont la portée est plus ou moins étendue. Du Groenland à l’Afrique du Sud, en passant par la Bolivie ou la Russie, les États ont adopté des lois et des décrets affirmant ici le statut officiel d’une langue nationale, assurant là la prestation de services gouvernementaux dans une langue autre que la langue officielle. Il existe de nombreux textes de loi contenant des dispositions linguistiques : le linguiste Jacques Leclerc en a colligé plus de 900 concernant plus de 389 États ou territoires répartis dans 195 pays. Ces textes ne sont pas tous des lois linguistiques à proprement parler, mais tous contiennent des dispositions linguistiques explicites. En général, il est vrai que la plupart des lois linguistiques adoptées à travers le monde n’ont donc pas la portée de la loi 101, mais il n’en demeure pas moins que les mesures d’aménagement linguistique constituent la règle plutôt que l’exception.

On estime à environ 6 000 le nombre de langues vivantes à travers le monde. Un peu plus si on se montre généreux dans le dénombrement des dialectes, un peu moins sinon. Quoi qu’il en soit, 90 % des langues du monde sont parlées par environ 5 % de la population mondiale. C’est donc dire qu’un grand nombre de langues doivent compter sur une quantité limitée de locuteurs pour assurer leur renouvellement et leur diffusion. En fait, une part importante de ces langues font ou feront face à l’extinction soit localement, soit globalement, ne pouvant surmonter les obstacles démographiques, économiques, politiques et sociaux se conjuguant en leur défaveur.

 
PAR : PATRICK SABOURIN ET SAMUEL VÉZINA
Étudiants au doctorat à l’Institut national de la recherche scientifique, Centre Urbanisation Culture Société.
 
logo-pdf

Télécharger la version complète