no4
Rencontre de la Présidente avec le Président letton Andris Bērziņš et le Président estonien Toomas Hendrik Ilves (Copyright Dž. G. Barysaitė)

La revanche des trois petites nations

L’expression « les pays baltes » rassemble trois pays : l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, à qui leur histoire récente donne une certaine communauté de destinée. En effet, passées sous contrôle russe au XVIIIe siècle, disputées par l’Allemagne et la Russie durant la Première Guerre mondiale, les républiques baltes obtinrent toutes trois leur indépendance au terme d’une guerre qui dura de 1918 à 1920 pour la perdre avec la Deuxième Guerre mondiale. Partagées entre Moscou et Berlin dans le pacte germano-soviétique de 1939, elles seront annexées par l’Union soviétique à partir de 1940.
 
L’occupation soviétique fut brutale et sanglante. On dit souvent que pour les Baltes, la Seconde Guerre mondiale ne prit fin qu’en 1991. Au moment où l’URSS allait se dissoudre, mais avant son éclatement officiel, les trois pays baltes imposèrent ensemble leur indépendance entre 1989 et 1991, qu’ils présentèrent comme un rétablissement de la légalité bafouée depuis 1940. Après 1991, les trois républiques baltes suivirent un même parcours d’adhésion à l’OTAN puis à l’Union européenne en 2004.
 
Les trois pays font bonne figure aujourd’hui dans les classements selon l’indice de développement humain, même si la crise de 2008, qui a frappé particulièrement fort en Europe, ne les a pas épargnés, ni non plus la baisse de population commune à tous les peuples de l’ancien bloc soviétique depuis 1991. Elles ont hérité en commun une difficulté majeure résultant de l’occupation soviétique : la politique de russification de l’empire avait laissé sur place de fortes minorités russophones peu ou pas intégrées sur le plan linguistique.
 
La Lituanie compte aujourd’hui 3,3 millions d’habitants, la Lettonie 2,1 et l’Estonie 1,3; leurs capitales respectives sont Vilnius, Riga et Tallinn. La Lituanie compte des minorités de citoyens russophones et polonais importantes (environ 8 % et 7 %, pour 84 % de Lituaniens), tandis qu’en Lettonie et en Estonie, le nombre de résidents russophones atteint respectivement 34 %, pour 52 % parlant letton, et 29 %, contre 68 % parlant estonien. Si la Suède et la Finlande sont très proches par mer, elles sont entourées de territoires slaves orthodoxes à l’Est et à l’Ouest, avec les enclaves russe de Kaliningrad, ex-Koenigsberg, et polonais au Sud. La population russophone est concentrée dans les villes et dans l’est des pays baltes.
 
Les trois petites nations baltes offrent ainsi un spectacle étonnant. Soumises à l’impérialisme des géants allemand et russe, puis écrasées par l’action concertée des deux machines meurtrières les plus effroyables du XXe siècle, les totalitarismes nazi et communiste, elles ont su obtenir leur indépendance deux fois. La seconde grâce à un mouvement populaire et pacifique en temps de trouble. Leurs indépendances ont été couronnées de succès sur les plans économique et politique, confirmé par leur entrée dans l’Union européenne en 2004. C’est ce triple succès national surprenant que nous allons chercher à comprendre succinctement par un récapitulatif du processus de longue haleine qui amena les nations baltes à imposer, puis récupérer leur indépendance contre toute attente.

 

PAR : CHARLES-PHILIPPE COURTOIS
Historien et professeur au Collègue militaire royal de Saint-Jean

 

logo-pdf
Télécharger l’étude complète