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30 ans plus tard : la question nationale québécoise dans le Canada de 1982

Le 17 avril 2012, le Québec commémorera les 30 ans du rapatriement de la constitution de 1982. Avec les années, l’événement pèse de moins en moins dans le jeu politique. Il ne suffit plus de rappeler le rapatriement de 1982 pour indigner la population. La mémoire populaire a évidemment gardé un souvenir désagréable de 1982. Trudeau n’a toujours pas regagné une bonne réputation au Québec. Le Canada contemporain conserve un caractère officiellement inachevé. Mais la conscience collective n’y voit plus une plaie béante comme au milieu des années 1990, quand il suffisait de rappeler le coup de force de 1982 pour faire le procès du régime fédéral canadien. Cela ne veut pas dire, pour autant, que les effets de 1982 ne se fassent plus sentir, même politiquement. Le Parti libéral du Canada, par exemple, n’est jamais parvenu à se réenraciner en profondeur dans le Québec francophone après 1982 (d’autant plus que le scandale des commandites est venu rappeler la signification véritable de ce que pouvait être le «fédéralisme rentable» au Québec). De même, la pression exercée sur les lois linguistiques par la Cour suprême au nom de la Charte des droits demeure très intense, comme nous l’a rappelé son jugement sur les écoles passerelles. Nous pourrions aussi penser aux effets du multiculturalisme canadien, qui continue d’entraver sérieusement l’intégration des nouveaux arrivants au Québec comme on le voit régulièrement depuis la crise des accommodements raisonnables.

Oui, nous pourrions multiplier les exemples. Mais ces enjeux ne s’emboitent plus, pour l’opinion publique, dans une trame de fond qui s’imposerait à tous et qui déterminerait en profondeur la relation entre le Canada et le Québec. Comment les Québécois ont-ils cessé de reconnaître le caractère fondamentalement problématique de l’ordre constitutionnel canadien? Comment, et surtout, pourquoi? L’objet de cette note de recherche est assez simple: resituer la refondation constitutionnelle de 1982 dans sa trame historique et montrer ses conséquences sur l’évolution de la question nationale. Montrer comment dans le Canada de 1982, la question nationale ne peut être résolue, d’abord et avant tout parce qu’elle ne peut être posée. En fait, dans le Canada de 1982, la question nationale est inimaginable, sinon de manière résiduelle. Cela ne veut pas dire qu’elle ne se pose pas pour les Québécois. Mais que le Canada n’en aperçoit plus la légitimité et a tendance à la réduire à un phénomène ethnocentrique démocratiquement peu recommandable.

Car on a souvent sous-estimé à quel point 1982 marquait une rupture radicale dans l’ordre politique canadien. C’est la définition même du pays qui s’est profondément transformée. Son rapport à l’histoire a changé. Son identité s’est redéfinie sur des bases inédites qui avaient moins à voir avec l’expérience historique d’un pays anglais et français qu’avec une utopie se définissant au croisement de l’individualisme, des droits de la personne tels qu’entendus par la Charte des droits et du multiculturalisme. Même sa manière de définir le politique a changé, ce dernier devant moins conserver la société que perpétuellement la réinventer. Le Canada de 1982 n’est plus celui de 1867. Une forme de révolution philosophique a eu lieu. À partir de là, c’est le contexte dans lequel se posait la question québécoise qui s’est métamorphosé. Si la question nationale est consubstantielle au Canada de 1867, elle est incompréhensible dans celui de 1982. Cette note de recherche permettra donc de suivre l’évolution et la mutation de la question nationale depuis une soixantaine d’années, jusqu’à l’actualité des derniers mois.

 
PAR MATHIEU BOCK-CÔTÉ
Sociologue et directeur de la recherche à l’IRQ

 
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